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Diplôme ou expérience: Lara Luca, fondatrice de JobSelect, explique pourquoi le terrain construit les carrières et comment s'y préparer en Suisse romande.
Un master en poche, un CV soigné, et pourtant les réponses des employeurs tardent. Si vous vivez cette situation, vous n'êtes pas un cas isolé. Le débat diplôme ou expérience traverse chaque jour les échanges que nous avons avec les candidats et les entreprises de Suisse romande.
Notre fondatrice, Lara Luca, a été interviewée par le magazine Focus sur ce sujet. Son constat, après plusieurs années à la tête de JobSelect, est direct: la formation et la réalité professionnelle forment deux mondes qui peinent à se rejoindre. Les diplômes ouvrent des portes. L'expérience, elle, construit les carrières.
Dans cet article, nous reprenons les enseignements de cette interview et nous allons plus loin. Vous y trouverez ce que les employeurs attendent réellement, les décalages que nous observons sur le terrain, des situations types pour vous situer, et des pistes concrètes pour avancer, que vous soyez candidat ou recruteur.
Commençons par écarter un malentendu. Nous ne disons pas que les diplômes ne servent à rien. Ils restent essentiels. Une formation solide apporte des connaissances, une méthode de raisonnement et une crédibilité de départ. Dans bien des secteurs, sans titre reconnu, la candidature n'est même pas lue.
Le diplôme joue donc un rôle de clé. Il permet d'accéder à l'entretien, de franchir un premier filtre, de figurer sur une liste courte. C'est déjà beaucoup.
Ce qu'il ne fait pas, en revanche, c'est prouver que vous savez travailler. Savoir travailler, c'est gérer une priorité qui change en cours de journée, répondre à un client mécontent, tenir un délai avec des informations incomplètes, collaborer avec des collègues qui ne pensent pas comme vous. Aucun cursus, aussi exigeant soit-il, ne reproduit fidèlement cette réalité.
C'est là que la question diplôme ou expérience prend tout son sens. Le titre ouvre la porte. Ce que vous faites une fois entré dépend d'autre chose: votre capacité à apprendre au contact du terrain.
Chez JobSelect, nous rencontrons des profils très variés: sortants de grandes écoles, titulaires de bachelors ou de masters, personnes en reconversion, apprentis qui terminent leur formation. Ce que nous constatons, et que Lara Luca a souligné dans son interview, c'est un écart croissant entre certaines attentes et la réalité de la vie active, particulièrement chez la nouvelle génération.
Concrètement, il est fréquent qu'un jeune candidat arrive avec des exigences précises sur le salaire, les horaires, le télétravail ou les vacances, alors qu'il n'a pas encore travaillé dans le secteur visé. Le problème n'est pas l'ambition. L'ambition est une qualité. Le problème, c'est le décalage entre le niveau d'exigence formulé et ce que le candidat peut apporter à ce stade.
D'où vient ce décalage? D'après ce que nous observons, plusieurs facteurs se combinent:
Lara Luca connaît ce dernier point de l'intérieur. Avant de fonder JobSelect, elle avait déjà lancé plusieurs activités, de l'esthétique au conseil en image en passant par la bijouterie. Créer une agence de placement a impliqué de se replonger dans les lois, les conventions collectives et les spécificités propres à chaque domaine. Cette expérience nourrit aujourd'hui notre regard sur ce que signifie réellement "être prêt" pour le monde professionnel.
Pour rendre ce constat concret, voici trois situations que nous rencontrons régulièrement. Elles ne décrivent pas des personnes réelles. Elles illustrent des profils types, tels que nous les observons dans notre activité en Suisse romande.
Un candidat termine un master dans une haute école reconnue. Il postule à des postes qui demandent plusieurs années de pratique, avec une prétention salariale alignée sur ces postes. Les réponses sont négatives ou n'arrivent pas.
Dans ce cas, le diplôme n'est pas en cause. Ce qui bloque, c'est l'absence de preuve que le candidat sait tenir un poste. Notre rôle consiste alors à reformuler le projet: viser un poste d'entrée cohérent, valoriser ce qui a été fait pendant les études, et présenter une trajectoire plutôt qu'une exigence immédiate.
Une candidate a financé une partie de ses études en travaillant, par exemple dans la vente, la restauration ou l'administration. Elle a pris des responsabilités, remplacé une collègue absente, géré des situations tendues avec des clients.
Sur le papier, son diplôme est comparable à celui de la situation précédente. Sur le terrain, elle a déjà montré de la maturité et de l'initiative. Ce sont précisément les profils que Lara Luca décrit comme ayant une vraie valeur auprès des entreprises: ceux qui n'attendent pas que tout arrive, qui essaient, qui travaillent, qui avancent.
Un professionnel expérimenté change de domaine et suit une formation courte pour se réorienter. Son nouveau diplôme est modeste, mais son expérience passée est solide: gestion d'équipe, relation client, organisation.
Ici, la logique diplôme ou expérience s'inverse. Le diplôme sert à légitimer la reconversion, mais c'est l'expérience transférable qui convainc. Le travail consiste à traduire ce parcours dans le vocabulaire du nouveau secteur, pour que le recruteur comprenne immédiatement ce que la personne apporte.
Du côté des employeurs, la question se pose autrement. Une PME ou une entreprise établie en Suisse romande qui recrute ne cherche pas le CV le plus impressionnant. Elle cherche une personne qui sera opérationnelle, fiable et intégrée à l'équipe dans un délai raisonnable.
D'après nos échanges avec les entreprises, plusieurs critères reviennent de manière récurrente:
Ces critères ne figurent sur aucun diplôme. Ils se démontrent par des exemples concrets, en entretien, et se confirment dans les premières semaines de poste.
Cela ne signifie pas que les entreprises portent un regard négatif sur la jeune génération. Lara Luca insiste sur ce point: elle observe aussi des profils particulièrement investis, capables de travailler pendant leurs études, de prendre des initiatives et de faire preuve de maturité. Pour un employeur, la difficulté consiste à repérer ces profils parmi les candidatures. C'est une des raisons pour lesquelles recruter des jeunes diplômés avec l'appui d'une agence de placement tend à sécuriser le choix.
Si vous êtes en début de parcours, l'enjeu n'est pas de choisir entre diplôme et expérience. C'est de construire les deux en parallèle, sans attendre la fin des études pour commencer.
Voici les leviers qui, selon ce que nous observons, font la différence:
Travailler pendant les études. Un emploi à temps partiel, même éloigné de votre futur métier, développe des compétences que les employeurs reconnaissent: ponctualité, relation client, gestion du stress, travail en équipe.
Chercher des stages ou des missions courtes. Un stage bien choisi vaut souvent plus qu'un module supplémentaire. Il permet de comprendre le fonctionnement réel d'une entreprise et de vérifier si le métier visé vous correspond.
S'engager en dehors du cadre scolaire. Association, projet personnel, service militaire, bénévolat: ces expériences montrent de l'initiative et de la persévérance, deux qualités difficiles à évaluer autrement.
Accepter un poste d'entrée cohérent. Viser un poste qui correspond à votre niveau actuel n'est pas un renoncement. C'est la façon la plus sûre d'acquérir l'expérience qui vous permettra ensuite de négocier.
Préparer chaque entretien comme une mise en situation. La préparation à l'entretien d'embauche ne consiste pas à réciter son CV. Elle consiste à anticiper les questions concrètes du recruteur et à y répondre avec des exemples vécus, même modestes.
Le message est réaliste plutôt que décourageant. L'envie de réussir ou de créer son activité ne suffit pas à elle seule. Encore faut-il accepter les contraintes, acquérir de l'expérience et comprendre que la crédibilité se construit avec le temps.
Une agence de placement en Suisse romande peut se contenter de mettre en relation un candidat et une entreprise. Ce n'est pas notre conception du métier.
Chez JobSelect, nous accompagnons les candidats bien avant l'entretien: relecture du dossier, conseils de présentation, mises en situation, préparation aux questions difficiles. Nous accompagnons aussi certains profils juniors dans leur découverte du monde du travail, avec un principe simple que Lara Luca résume ainsi: nous préférons dire la vérité plutôt que de laisser croire que tout est simple.
Cette franchise a un objectif. Un candidat qui comprend ce qu'un employeur attend réellement se présente mieux, choisit des postes cohérents et s'intègre plus vite. Un candidat à qui l'on promet tout et n'importe quoi enchaîne les refus sans comprendre pourquoi.
Pour les entreprises, cette approche a une conséquence directe: les profils que nous présentons ont été rencontrés, évalués et préparés. Nous ne transmettons pas un CV, nous proposons une personne dont nous avons vérifié le potentiel, l'engagement et la capacité à s'adapter au poste.
Nous pensons également, comme le suggère notre fondatrice, que les écoles gagneraient à préparer davantage les étudiants aux attentes concrètes des employeurs. En attendant que ce rapprochement s'opère, notre rôle consiste à faire le pont entre ces deux mondes.
Le diplôme ouvre des portes et reste indispensable pour accéder au marché du travail. Mais c'est l'expérience, acquise au contact du terrain, qui construit une carrière et qui donne au diplôme toute sa valeur.
Que vous soyez candidat en début de parcours, en reconversion, ou entreprise à la recherche de profils fiables en Suisse romande, contactez JobSelect. Nous vous accompagnons pour que la rencontre entre formation et réalité professionnelle se fasse dans de bonnes conditions.



